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 Profondeurs insondées (Alice Ravenwood)

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MessageSujet: Profondeurs insondées (Alice Ravenwood)   Mer 21 Fév - 20:26

Dans la salle d'attente, Eileen relisait encore et encore, de plus en plus nerveusement, les trois lignes du message que le Faucheur avait envoyé à tous les anciens prisonniers de l'hôtel. Elle serrait si fort son téléphone qu'elle aurait pu le briser entre ses doigts. Attendait-elle que les lignes s'effacent d'un seul coup, simplement parce qu'elle voulait que ce message ne lui soit jamais parvenu ? Laisser l'écran s'éteindre et le rallumer aussitôt après ne provoquait pas ce genre de miracle ; pourtant, d'une manière presque automatique, c'était ce que faisait Eileen, bien malgré elle. Chaque fois que l'écran lui renvoyait sa lumière, c'était une nouvelle déception. Les mots du Faucheur étaient toujours là et s'imprimaient de plus en plus fort sur sa rétine.

Cinq jours s'étaient écoulés depuis la cauchemardesque soirée de Noël à la mairie de Little Rock. Sa psychiatre, Alice Ravenwood, avait bien voulu la recevoir rapidement en consultation. Pourrait-elle l'aider à faire le tri dans ses nombreux sentiments qui l'assaillaient depuis Noël ? Elle embrasserait volontiers son docteur si seulement, en passant de nouveau sa porte tout à l'heure, elle se sentait un peu plus apaisée.

Eileen ne s'était pourtant pas terrée dans un trou en attendant la suite, c'était une bonne chose. Elle avait longuement téléphoné à ses parents à Lexington. Elle avait passé beaucoup de temps avec Capucine et Aaron, avec qui elle avait fui la mairie après la réapparition de l'Hôte, le visage en sang. Cette vision avait eu un impact important, en plus de l'évanouissement de Capucine.

La peur était de retour et ne quittait plus Eileen. Elle avait pourtant bien travaillé à l'étouffer avec le docteur Ravenwood. Elles avaient longuement discuté, elles avaient cheminé ensemble pour qu'Eileen essaie d'enfouir un maximum de mauvais souvenirs relatifs au Crescent Hotel, au Faucheur et à l'Hôte. Au début, Eileen avait été quasiment muette, à cause de la crainte d'être poursuivie après sa fuite de l'hôtel. Alice Ravenwood attendait qu'elle se livre, qu'elle parle. Elle l'avait bousculée, lui assurant que les progrès ne viendraient pas seuls. Eileen y avait finalement réussi, avec beaucoup d'efforts. Capucine, Sean et Hugo y avaient été pour beaucoup, aussi. Mais la peur ne la quitterait jamais. Il avait fallu d'un seul SMS pour que tout se rappelle à sa pensée. Et avec ce message une peur quasiment intacte. Alors, tout cela pour rien ?... Eileen attendait que le docteur Ravenwood la rassure, lui dise qu'elle n'avait pas ouvert son cœur en vain. Elle avait bien, elle-même, l'impression d'être plus forte après trois ans. Et pourtant, elle avait l'impression d'être toujours la même petite fille fragile devant le Faucheur.

L'heure de son rendez-vous approchait. Eileen se résolut à ranger son téléphone après l'avoir mis en silencieux. Elle s'empara d'un magazine qu'elle commença à feuilleter distraitement, et la porte du cabinet de la psychiatre s'ouvrit.
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MessageSujet: Re: Profondeurs insondées (Alice Ravenwood)   Jeu 1 Mar - 12:37


« La vérité n'est qu'un but.
C'est le chemin qui y mène qui importe le plus.
 »

La trotteuse faisait le tour du cadrant sur fond blanc. Un tic tac à peine audible pour celui qui prenait la peine de tendre l'oreille. Sans doute parce que le boîtier de la montre était trop fin, presque discret. Une montre de femme comme on en faisait plus aujourd'hui, élégante, pleine de finesse. Elle datait des années 80 ou 90, peut-être plus, pourtant les affres du temps n'avaient pas d'impact sur elle, toujours fidèle à elle même. Alice porta son regard sur la mécanique à son poignet, surveillant l'heure. Il lui fallait encore concilier quelques notes dans ses dossiers. Cette histoire à la mairie qui avait déjà fait remplir plusieurs pages et son prochain rendez-vous lui promettait sûrement d'en faire un peu plus encore. Toutefois elle ne s'en plaignait pas, sinon elle n'aurait pas choisi ce métier. D'ailleurs elle ne comprenait pas toujours les gens qui trouvaient à redire sur l'emploi qu'ils occupaient, mais elle se gardait généralement de faire la remarque. Le plus souvent les gens s'offusquaient lorsqu'elle leur faisait remarquer que la logique qu'ils observaient était tronquée. Enfin, tout le monde ne pouvait pas être aidé.

La psychiatre reposa son stylo-plume sur le bureau après l'avoir soigneusement rebouché. C'était l'heure. Sans un mot elle se leva pour contourner son bureau et rejoindre la porte qui donnait sur la salle d'attente. Sur le tapis, son corgi était allongé sur le dos, les quatre pattes en l'air. S'il pensait pouvoir marcher sur le plafond ainsi, c'était raté. Cependant, voyant sa maîtresse bouger, il se retrouva aussitôt les pattes sur terre, remuant son arrière train plus que sa queue, ravis à l'idée de voir une nouvelle tête aujourd'hui. Ce fut d'ailleurs sa tête qui dépassa en premier de la porte qu'Alice venait d'ouvrir. L'animal alla au devant de Miss Galvin qu'il connaissait assez bien depuis maintenant trois ans. Sans attendre, il s'allongea sur le dos pour quémander quelques grattouilles sur le ventre.

- Pirate, s'il te plaît, dit Alice à l'adresse de l'animal qui bondit pour filer dans le bureau. C'est à nous je crois.

Elle adressa un léger sourire à Eileen avant de lui tendre la main pour la saluer. Après quoi elle l'invita à entrer et la laisser s'installer à son aise. Alice elle même allait prendre son carnet avant de s'asseoir et le corgi en fit de même en retournant sur son tapis, reprenant sa position initiale d'apprenti spiderman canin.

- Comment allez-vous depuis Noël ? Demanda Alice à l'adresse de sa patiente.
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MessageSujet: Re: Profondeurs insondées (Alice Ravenwood)   Sam 3 Mar - 15:37

Le chien avait jailli du cabinet du docteur, comme d'habitude, mais Eileen fut surprise, et dut d'ailleurs le paraître. Ce non-événement lui rappela à quel point elle était préoccupée, presque en train de regarder à l'intérieur d'elle-même, à cause du SMS reçu le soir de Noël. Elle s'était levée de sa chaise, et regardait distraitement le chien. Alors seulement, après une longue seconde de réflexion qui n'avait pas lieu d'être, elle s'agenouilla près de l'animal et lui accorda la caresse qu'il réclamait. Sa maîtresse le rappela presque aussitôt, et Eileen se redressa, fit les quelques pas qui la séparaient de l'endroit où elle se confiait régulièrement depuis trois ans. Elle rendit son sourire à la psychiatre avant de lui serrer la main, mais ce fut un sourire un peu pincé. Elle savait déjà qu'elle aurait du mal à mettre de l'ordre dans ses pensées aujourd'hui. A cause des derniers événements, elle se revoyait ramenée trois ans en arrière, coincée entre les quatre murs de sa chambre au Crescent... alors qu'elle était précisément en liberté, maintenant. Mais nos pensées ressassées peuvent quelquefois former en notre tête une prison plus petite qu'une geôle.

Eileen entra, s'installa dans le fauteuil qu'elle occupait d'habitude. Combien d'autres patients, anciennement retenus au Crescent, étaient venus s'asseoir dernièrement ici ? Avait-elle été la seule à demander un rendez-vous exceptionnel au docteur Ravenwood ? Normalement, elles avaient planifié un prochain rendez-vous mi-janvier. Eileen avait eu besoin de venir se confier avant. Et maintenant qu'elle était assise ici, elle n'était pas sûre de pouvoir ouvrir la bouche.

Alors le docteur Ravenwood lui demanda comment elle allait depuis Noël. Eileen demeura silencieuse quelques instants, se mit inconsciemment à jouer avec ses mains et sentit que sa gorge se serrait. Elle voulait répondre, oui, elle le voulait. Mais c'était impossible. Elle n'allait pas bien. Elle s'était trop brûlé les yeux à regarder ce message du Faucheur sur l'écran de son téléphone, encore et encore. Et finalement, là dans ce cabinet qu'elle connaissait bien, où elle avait presque tout lâché, tout confié, aujourd'hui, en guise d'introduction, elle ne put qu'éclater en sanglots.
Des sanglots bruyants, très vite une larme, puis deux. Nul. Elle se sentait plus faible que jamais auparavant. Et pourtant, avant ces événements de la soirée de Noël, elle savait qu'elle était en train de faire des progrès. Elle avait dernièrement beaucoup parlé d'Hugo, son petit neveu, auprès de qui elle prenait de grandes bouffées d'oxygène. Des exercices pratiques qui lui apportaient beaucoup de bonheur.

Eileen éprouva le besoin stupide de tirer son téléphone de sa poche. Elle le déverrouilla - le message s'afficha aussitôt - et le tendit à sa psychiatre. Au bout d'un moment, elle eut enfin la force de prononcer quelques mots.
- Pourquoi ai-je mis les pieds dans ce foutu hôtel ce soir-là ? Ca ne finira jamais.
Elle pleura encore un peu, puis...
- Je ne vais pas bien. Vous vous en doutez. Voilà cinq jours que je lis et que je relis ce message. Je n'arrive pas à croire que ce soit vrai.
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MessageSujet: Re: Profondeurs insondées (Alice Ravenwood)   Lun 5 Mar - 10:47


Alice restait impassible, comme ça son habitude. Une neutralité qui en avait désarmé plus d'un à leur première séance, mais une neutralité nécessaire pour ne porter aucun jugement sur leurs actes ou leurs paroles. Dans le cas d'Eileen, la psychiatre l'observait avec attention, sachant pertinemment à quoi sa patiente avait assisté ce soir là. C'était en soi un avantage que de savoir clairement à quoi les victimes qu'elle suivait avaient pu être exposées durant leur séjour plus ou moins long au Crescent Hotel. Elle en avait à présent une assez bonne idée, de quoi mieux comprendre et agir en conséquence. La brune qui se tenait devant elle ne tarda pas à fondre en larmes finalement, encaissant le contre-coup d'un moment traumatisant. Le corgi se redressa promptement en entendant les sanglots. Il observait l'humain en penchant la tête sur le côté comme si cela pouvait changer quelque chose à sa compréhension de la situation.

La new-yorkaise posa une boite de mouchoirs devant Eileen pour qu'elle puisse chasser les larmes qui lui troublaient la vue tandis qu'elle lui tendait son téléphone portable. Alice le prit pour observer l'écran allumé sur un sms. Elle le lu avec attention même si elle connaissait déjà ces mots puisqu'elle avait déjà reçu d'autres anciens clients. Toutefois, elle se garda de partager ce détail, il n'était pas nécessaire que sa patiente en prenne connaissance, ce n'était pas utile dans son cas. Et cette dernière parvint enfin à articuler quelques mots. Sitôt Alice griffonna quelques mots sur son carnet. Elle hochait la tête en signe de compréhension.

- Je vois, dit Alice en refermant son carnet sur le marque page et lui tendit de téléphone pour le rendre. Et qu'avez vous fait en dehors de ça ? Est-ce que vous avez continué de sortir, d'aller au travail ?

Il était clair pour la psychiatre que le fait de relire ce sms était un moyen pour Eileen de saisir la réalité. Une façon de prendre conscience que ce qui s'était passé était bien réel et non le fruit de son invention. Mais dans cette recherche du réel, elle se heurtait aussi à la violence et la terreur que tout cela pouvait lui évoquer, à tout ce qu'elle avait déjà vécu. La possibilité qu'à présent, tout cela puisse recommencer. Il était néanmoins important de savoir comment cela pouvait impacter le quotidien qu'elle était parvenue à recréer à Little Rock, si elle avait régressé de façon importante ou non par rapport à leur première séance.

- Est-ce que vous prenez le temps de faire quelque chose pour vous ? Une passion, un centre d'intérêt ? Poursuivis Alice. Quelque chose qui vous permette de sortir un peu de la routine.

La psychiatre savait très bien où elle voulait aller, elle voulait savoir si Eileen était capable de résilience. Souvent, dans les cas de traumatismes importants, les patients se posaient toujours la même question : pourquoi moi ? S'ils s'obstinaient à se la poser sans parvenir à trouver de réponse, il était possible qu'ils sombrent doucement dans la folie, dans cette quête sans fin où le hasard était parfois le seul seigneur et maître. Mais certains parvenaient à passer au dessus de cette question, à en faire une force pour pouvoir avancer de nouveau. C'était en ça que Alice voulait savoir où en était Eileen. Pouvait-elle trouver la force de passer au dessus de cette interrogation ?
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MessageSujet: Re: Profondeurs insondées (Alice Ravenwood)   Dim 1 Avr - 17:48

Eileen reprit son téléphone en mains, et résista à l'envie irrépressible de vérifier si, par un impossible miracle, le message du Faucheur avait disparu. Elle tenta plutôt de se concentrer sur le visage de la psychiatre, qu'elle savait sinon amical au moins compréhensif. Qu'avait-elle fait depuis la soirée de Noël ? Pas grand chose, à vrai dire, sinon lire le même message affiché sur son téléphone. Elle essaya de se concentrer sur les derniers jours pour en faire un récit à son médecin. Entre deux respirations bruyantes dues à ses pleurs récents, Eileen raconta.
- Le soir de Noël, Capucine, ma belle-sœur, s'est évanouie en voyant l'hôte. Je me suis un peu occupée d'Hugo, son fils. Puis c'est Aaron... Lui aussi, il était enfermé à l'hôtel... C'est Aaron qui nous a emmenés loin de la mairie. Je suis restée quelque temps avec eux. Un ou deux jours, je crois. On a essayé de se remonter le moral mutuellement, mais ça a moyennement marché. Puis je suis rentrée chez moi. Je n'ai pas fait grand chose pour me changer les idées. Pas la force. J'ai appelé mon patron pour lui demander un peu de repos. Heureusement, la rédaction du journal est un peu en veille, ces temps-ci. Quoique... ça pourrait changer. Avec ce qui s'est passé... Bref. J'ai songé à vous appeler avant-hier, parce que je sentais que je tenais pas le coup.

Alice Ravenwood avait écouté son récit sans rien dire, juste en prenant quelques notes. Elle avait enchaîné avec une autre question.
- Ces jours-ci, non, je ne suis presque pas sortie. Je ne sors jamais beaucoup, de toute façon. Mais là, c'était encore plus dur. Je passe des heures à lire d'habitude, mais là je n'ai pas réussi à penser à autre chose. J'ai pas réussi à me détendre.

Non, elle n'y arrivait pas. Elle fixa longuement son téléphone en silence. Elle s'était déjà imaginée le jeter contre un mur pour le briser. Mais elle savait aussi que ça ne lui apporterait rien. Au fond, elle savait que le retour du Faucheur était bel et bien réel. Elle savait qu'il était capable de tout. Sa voix monta en volume et en force. Elle avait quelque chose à sortir. Si ce n'était pas ici, devant la psychiatre, cela ne servirait à rien.
- Je ne comprends pas. Pourquoi est-ce que la police ne l'a toujours pas serré ?! Ca fait trois ans qu'on est sortis de l'hôtel ! Ils n'enquêtent pas ? Ils n'ont rien trouvé au Crescent ? J'ai du mal à le croire. Cet enfoiré est dehors, il nous torture encore et encore, et... rien. On laisse faire ! Je crois que j'ai eu assez de merdes avec cette histoire ! J'aimerais oublier, maintenant. Je sais que je le pourrai pas complètement, mais je voudrais au moins essayer !

Eileen s'arrêta. Elle ne trouvait pas d'autre chose à rajouter. La psychiatre la fixait. Allait-elle rebondir sur ce discours désordonné, ou bien rester silencieuse comme elle le faisait souvent, pour l'encourager à aller plus loin ? Eileen n'aimait pas trop cette sensation qui naissait alors au creux de son ventre : le silence prolongé était gênant, et elle ne savait pas s'il fallait le briser. Ou même comment le briser.

Et enfin, petit à petit, elle commençait à envisager que les derniers événements puissent apporter quelque chose de nouveau à son problème. Elle venait de se plaindre que la police ne faisait pas grand chose, mais la soirée de Noël pouvait tout à fait accélérer le déroulé des événements. Même si elle détestait cette idée d'être épiée, menacée, pourchassée, il lui faudrait être forte. Le visage ensanglanté de l'hôte le soir de Noël lui revint en mémoire. Qui lui avait fait ça ? Même si elle se désintéressait complètement du sort de l'hôtelier qui lui avait apporté plus de malheurs dans sa vie que n'importe qui d'autre, c'était tout de même assez préoccupant.
- Vous êtes au courant de la progression de l'enquête, en tant que médecin qui soigne des victimes du Faucheur ? lâcha Eileen tout à coup.
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MessageSujet: Re: Profondeurs insondées (Alice Ravenwood)   Mer 11 Avr - 18:38


Deux grandes oreilles s'étaient redressés en entendant la voix d'Eileen ébranlée par les larmes et les sanglots. Dans le regard de l'animal, on pouvait y lire de l'inquiétude et de la tristesse. Il sentait la souffrance des humains, voyait comme ils allaient mal sans savoir quoi faire pour les aider à aller mieux. Lentement, l'animal quitta son tapis et s'approcha à pas de loup près de l'humaine qui pleurait. Il restait l'observer par dessus l'accoudoir d'un des sièges qui garnissait le bureau de sa maîtresse. Ne dépassait alors que le sommet de sa tête et ses grande oreilles, le reste du corps caché par le fauteuil. Alice l'avait remarqué, mais ne disait rien, elle le laissait faire s'il sentait le besoin de venir poser son museau sur les jambes de la patiente.

Néanmoins, Alice continuait de prendre quelques notes par rapport au réponse que lui donnait Eileen. Elle répondait au moins avec sincérité, sans vraiment chercher d'excuse pour expliquer le pourquoi de ses actions. Non, la sincérité était toujours le premier pas pour montrer que l'on souhaitait réellement s'en sortir, même si cela n'apportait pas forcément les réponses. C'était avant tout la démonstration d'un certain état d'esprit, sans qu'il soit positif ou négatif. C'était un avancement en soi et la psychiatre l'avait toujours encouragé en ce sens, plutôt qu'à chercher des excuses qui n'étaient pas vraiment pour mettre le patient dans une volonté d'action. Les excuses étaient l’apanage de l'inactivité, du désintérêt de soi en reportant la faute sur quelque chose d'extérieur à soi.

La psychiatre continuait d'écouter, ce qui suivant était une des conséquences directes de toute ce que la brune avait ruminé depuis les événements du 25 décembre. Alice la laissa allez jusqu’au bout de sa réflexion pour lui permettre d'extérioriser la colère accumulée. C'était là aussi un bon signe, même si Eileen ne devait pas le voir. Du moins c'était plutôt encourageant pour la suite et cela malgré le fait qu'elle vivait des moments difficiles. Mais la colère était encore une preuve de la volonté active de la patiente de vouloir s'en sortir malgré tout. Alice en pris note. Suite à quoi elle lui demandait si elle était au courant de l'avancée de l'enquête du côté du FBI.

- En effet, j'aide le FBI à comprendre les tenants et les aboutissants de cette affaire pour parvenir à définir les objectifs du Faucheur à moyen ou long terme, répondit Alice sans chercher à rentrer dans les détails. Tout ce que je peux vous dire, c'est que cet homme ne laisse rien au hasard et ce depuis 1999, de ce fait il est extrêmement difficile de pouvoir lui mettre la main dessus. Soit il a de nombreux complices pour lui venir en aide, soit c'est une personnalité extrême dangereuse et dans ce cas les agents fédéraux vont avoir toutes les peines du monde à le débusquer.

Elle ne pouvait en dire davantage sous peine de dévoiler des éléments de l'enquête. Alice respectait à la lettre les protocoles de sécurité, aussi elle ne voulait pas qu'on lui retire ce travail ô combien intéressant et intrigant. En effet, si cet homme œuvrait depuis 1999 dans son hôtel, lui seul savait de quoi il était capable pour arriver à ses fins, restait encore à définir quelles étaient elles.

- Je ne peux que m'efforcer de vous aider à vous défaire de son emprise, il n'y aura que comme cela que vous pourrez aspirer à un nouveau départ, poursuivit-elle. Vous devez apprendre à refuser que ses actes vous atteignent car en faisant cela vous l'empêcher d'avoir un quelconque impact sur vous. S'il ne peut pas vous toucher dans votre esprit ou votre chair, alors vous reprendrez le contrôle de votre vie.
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MessageSujet: Re: Profondeurs insondées (Alice Ravenwood)   Mar 1 Mai - 18:50

Eileen était allée au bout de sa colère. Cela l'avait même brusquement épuisée : elle se sentait vidée, et aussi un peu libéré du poids qu'elle retenait depuis la soirée de Noël. Elle avait senti le museau du chien se poser sur sa cuisse, mais n'y avait pas fait attention, pas aujourd'hui. Elle ne s'était pas arrêtée de déballer son histoire, elle ne l'avait pas chassé non plus. Il n'avait pas bougé d'ailleurs, et enfin, dans le silence qui précéda la réponse de la psychiatre, Eileen sembla s'apercevoir de sa présence. Elle posa sa main un peu tremblante sur sa tête poilue. Elle aimait bien l'animal. Elle s'était habituée à sa présence en peu de temps. Si les animaux avaient quelque vertu pour apaiser les souffrances de leurs maîtres, elle voulait bien y croire un peu.

Eileen fut un peu déçue de la réponse qu'Alice lui apporta au sujet de l'enquête. Mais qu'attendait-elle en fait ? La résolution de l'affaire, ici, maintenant ? C'était impossible. Même si l'absence de dénouement dans l'affaire du plus grand drame de sa vie la préoccupait, Eileen ne se berçait pas d'illusions. Eileen réagit au mot "complice". L'image de l'hôtelier, visage en sang, l'avait interpellée plus qu'elle ne l'aurait cru sur le coup.
- En parlant de ses complices, il semblerait qu'il soit arrivé quelque chose à l'hôte. Lequel des anciens prisonniers du Crescent a fini par faire ce dont je rêve depuis tout ce temps ?
La violence de ses paroles surprit Eileen au moment même où elle les prononça. Venait-elle d'avouer qu'elle rêvait de casser la gueule de l'hôtelier ? Peut-être bien, oui. Elle fut un peu honteuse, et n'attendit aucune réaction ou réponse de la part de la psychiatre. Alice Ravenwood mettrait sans doute cela sur le compte de la colère et de la peur.

Eileen fut un peu plus intéressée par la suite : les conseils que la psychiatre pouvait lui apporter. Après tout, elle était venue pour cela. Faire en sorte de ne pas être ébranlée par tout ce qu'il lui faisait subir ? Oui, Madame. Plus facile à dire qu'à faire. Et pourtant, pour suivre ce sage conseil - Eileen savait très bien qu'il l'était, sage - elle avait déjà une chose à faire.
Eileen avait de nouveau les yeux posés sur l'écran noir de son téléphone. Sa psychiatre ne disait rien. Alors elle s'empara de l'objet, en déverrouilla l'écran et accéda à la liste des messages reçus.
- Je suppose que je peux déjà faire une chose pour aller dans la bonne voie.
L'index fébrile de la jeune femme resta en suspens au-dessus de l'icône "poubelle" qui correspondait au message adressé par le Faucheur le soir de Noël.

Finalement, les menaces sourdes de ce simple SMS ne méritaient pas qu'on en garde une trace. Eileen, ma fille, tu veux te battre, ou pas ? Alors efface ce truc. Maintenant. Il a gâché une bonne partie de ta vie, mais la psy a raison. Il ne tient qu'à toi de le laisser faire. Toute la place que tu lui laisses dans ton esprit, il va la prendre. Tu as Capucine, Sean, Hugo. Tu as la volonté de repartir sur une nouvelle voie. Tu ne dois pas oublier qu'il est de retour, non. Mais tu ne dois pas y penser sans arrêt non plus.
Clic. Le message disparut.
- Pour le reste, docteur, il va falloir m'aider. Je me croyais bien partie pour me reconstruire, mais je me rends compte que c'est bien plus difficile que ce que je pensais. J'ai l'impression de repartir de zéro.
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MessageSujet: Re: Profondeurs insondées (Alice Ravenwood)   Lun 21 Mai - 10:47


Si les Hommes prônaient l'égalité entre eux, cette dite égalité s'arrêtait à la naissance : « Les Hommes naissent libres et égaux en droit » mais ce que l'on oubliait de dire, c'était sans doute que personne n'était égal devant la maladie ou la mort, devant la souffrance ou la joie. Chaque jour, le Docteur Ravenwood voyait défiler bon nombre de patients qui lui rappelaient cette vérité. Eileen en faisait parti. La brune au regard noyé de larmes luttait plus contre elle même plus que contre celui et ceux qui avaient pu lui gâcher la vie, libre à chacun d'accepter qu'ils puissent avoir un impact sur soi. Mais une fois encore, elle ne jugeait pas, il n'y avait pas de jugement à porter. N'y avait que ceux qui se croyaient supérieurs aux autres pour se permettre de juger autrui, mais personne n'était divin, ils n'étaient que de êtres faillibles qui devaient en prendre conscience pour parvenir à s'élever. Alice aurait sans doute pu être missionnaire pour répandre la parole Sainte, heureusement pour elle, la newyorkaise ne croyait en rien à l'existence d'une quelconque entité supérieur, mais elle croyait en l'être humain.

Aussi, inlassablement, elle continuait de prêter une oreille attentive à sa patiente. Le point positif c'était que la conversation avançait, Eileen souhaitait s'en sortir. Elle venait d'ailleurs d'accomplir un grand pas lorsqu'elle supprima le sms envoyé par le Faucheur. C'était bien. Alice garda le silence tandis qu'elle reprenait la parole. L'aider, oui, elle était là pour ça et ferait toujours de son mieux pour aller en ce sens.

- Repartir de zéro, c'est un bon moyen pour redéfinir des objectifs, dit Alice. Il faut vous reconstruire un univers, votre univers. Il va falloir apprendre à penser à vous, à vous approprier votre corps et votre esprit. Vous pouvez commencer par des soins en institut, un massage, un soin du visage, ou bien une pratique sportive pour apprendre à redécouvrir vos limites physiques pour les surpasser. Forger votre mentale en vous heurtant à la difficulté d'un exercice.

L'objectif était bel et bien de trouver ce qui pouvait la faire vibrer, l'aider à se construire et apprendre à se connaître à nouveau. Les épreuves qu'elle avait traversé l'avait changé à jamais, il fallait à présent qu'elle sache qui elle était aujourd'hui.

- Entourez vous des bonnes personnes mais n'ayez pas peur de faire des rencontres, de parler avec des inconnus, ayez confiance en votre jugement si jamais vous sentez qu'une personne vous semble étrange, suspecte, poursuivait-elle. Si c'est le cas, passez votre chemin. Posez vous simplement toutes ces questions parce que vous êtes la seule à pouvoir connaître les réponses.

Alice lui donnait les clés, mais elle seule pouvait ouvrir les bonnes portes. Elle avait le droit de faire des erreurs, de se tromper, elle ne devait pas avoir peur de l'échec.
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MessageSujet: Re: Profondeurs insondées (Alice Ravenwood)   Sam 7 Juil - 11:58

Eileen avait été prise d'un léger vertige au moment de faire disparaître le message du Faucheur. Elle ne savait pas bien quel genre de frisson lui avait traversé l'échine. De la peur ? Sans doute. Elle savait bien qu'effacer le message du Faucheur ne le ferait pas disparaître, LUI. De la fierté ? Aussi. Un peu. Elle y était arrivée. Depuis six jours qu'elle restait bloquée sur ces quelques lignes, elle avait eu le courage de supprimer (symboliquement, au moins) la cause de ses tourments.

Le docteur Ravenwood lui donna quelques clés. Dès les premiers mots, Eileen ouvrit à demi la bouche pour protester. Reconstruire un univers ? Plus facile à dire qu'à faire, madame la psy ! Et puis elle s'était ravisée. Elle avait patiemment écouté jusqu'au bout. Et elle réalisa qu'elle devrait, a fortiori, y aller doucement. Ce n'était pas parce qu'elle rêvait d'une vie meilleure qu'elle pouvait la toucher du doigt d'un seul coup. Cela passerait par des petits pas, faits l'un après l'autre, pour s'approcher de l'état de bien être qu'elle visait.
Un soin en institut ? Une séance de sport ? Oui, c'était sans doute un moyen d'y arriver. Il lui faudrait mettre des petites briques les unes sur les autres pour prétendre construire un château. Rome ne s'est pas faite en un jour, dit le proverbe.

Alice disait qu'il lui faudrait se heurter à la difficulté d'un exercice. Et tout était là, dans ce conseil. En soi, pousser les portes d'un institut de beauté était un geste anodin. Mais pour elle, n'ignorant pas la scarification qu'elle portait dans le dos et toutes les choses mauvaises qui s'y rattachaient, il lui serait quasiment impossible de se déshabiller. Tant pis, elle trouverait autre chose. Quelque chose de moins insurmontable au début. Juste un soin de visage ? Ou juste aller chez le coiffeur ? Pourquoi pas, après tout ? Eileen devait se réconcilier avec son corps. Essayer, au moins.

Ce qui était le plus douloureux depuis la veillée de Noël, c'était justement qu'elle se sentait dernièrement prête à faire ce chemin vers un état de bonheur à retrouver. Et le retour du Faucheur avait mis un brusque coup d'arrêt à tout cela. Le salaud se pointait et disait : « Tu veux être heureuse, ma cocotte ? Va te faire foutre, je suis encore là. »
Malgré son état de découragement avéré et plus que légitime, Eileen décida tout de même d'écouter sa psychiatre. « Bah, non, justement, tu n'es plus là. Je refuse que tu reviennes. »
- Je comprends ce que voulez dire, finit par dire Eileen. Une petite chose apparemment insignifiante peut déjà représenter beaucoup de travail intérieur, c'est ça ? Je pourrais aller chez le coiffeur. La coiffeuse va sans doute me gonfler à me demander ce que je fais dans ma vie, mais c'est peut-être un moyen de parler sans se livrer vraiment. Qu'est-ce que vous en pensez ? Si ça se passe mal, je rentrerai en courant chez moi pour réfugier dans un bouquin.
Oh là, elle avait même trouvé la force de faire de l'humour. Finalement, c'était peut-être bien le positif qui prendrait le dessus.
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MessageSujet: Re: Profondeurs insondées (Alice Ravenwood)   Dim 22 Juil - 12:26


Un léger sourire bienveillant venait de s'esquisser au coin des lèvres de la psychiatre. Elle était ravis de contempler le cheminement de sa patiente. Quelques instants encore elle était en proie à ses démons, ces craintes et ses peurs. Elle l'avait vu vaciller comme une feuille au vent. Il lui fallait seulement apprendre à se laisser porter, ne pas toujours chercher à résister car à force les choses et les humains finissaient par se rompre. Eileen vacillait mais ne rompait pas. Elle était bien plus forte que ce qu'elle pouvait penser.

Son sourire s'étira davantage en entendant sa patiente lui répondre. Elle avait compris. Alice hocha la tête en signe de compréhension. Elle tenait quelque chose. La new-yorkaise pris d'autres notes dans son carnet, elle entoura le dernier qu'elle avait griffonné : Espoir. Malgré tout ce que sa patiente avait enduré, malgré ses états d'âme et ses craintes, elle ne perdait pas espoir, il fallait seulement qu'elle soit bien entourée. Eileen avait besoin de beaucoup de bienveillance de la part des autres.

- Je crois que vous venez de faire un très grand pas, répondit Alice. Le Faucheur a tôt fait de vous faire reculer, mais en faisant ça, il vous permet de regarder ce que vous aviez déjà accompli avant son retour. Maintenant vous savez que vous allez pouvoir avancer plus vite et plus loin.

En somme, il lui avait peut-être permis de prendre du recule sur elle-même, voir qu'elle était encore fragile mais qu'elle avait la capacité de devenir plus forte et faire en sorte qu'il ne puisse plus l'attendre. Mais elle aurait des périodes de doutes, de peur, c'était inévitable.

- Entourez vous simplement des bonnes personnes, celles qui vous aideront en étant positive à votre égard, ajouta-t-elle.

La négativité avait tendance à amener le manque de confiance en soi et ça Eileen n'en avait pas besoin. Elle était encore beaucoup trop fragile, remettre en doute la moindre de ses décisions pouvait ébranler ce qu'elle tendait à reconstruire. Alice était prête à veiller à ce que personne ne vienne secouer ce qui avait mis si longtemps à se faire. Restait à présent à voir comment elle allait s'en sortir et combien de temps cela allait durer. Dans tous les cas, elle semblait bien plus combative que lorsqu'elle était entrée dans son cabinet. Il faudrait veiller au grain. Alice griffonna encore quelques notes pour ne pas oublier, cela lui permettrait de voir l'évolution de la patiente.

- Souhaitez vous rajouter quelque chose ? Demanda Alice.
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MessageSujet: Re: Profondeurs insondées (Alice Ravenwood)   Jeu 26 Juil - 15:02

Sincèrement, Eileen voulait y croire. Elle avait bien vu le sourire s'afficher sur le visage de sa psychiatre. Ce devait être le signe que sa patiente lui avait assez bien montré sa volonté de passer au-dessus des obstacles. Au bout de plusieurs années, Eileen avait compris que chaque petite victoire ajoutait à l'ensemble, et que, mises bout à bout, ces petites victoires finiraient par en faire une grande. Mais en pratique, Eileen ne cessait d'osciller entre moments d'espoir et de profond abattement. Disons que cet entretien avec le docteur Ravenwood venait de la relancer sur une pente montante. Elle espérait que cela dure le plus longtemps possible. Elle ne devait donc pas traîner pour commencer à remplir les cases vides de son emploi du temps, sans quoi, de nouveau, elle aurait tout le loisir de replonger. Et elle devait éviter cela. Elle commencerait par prendre le rendez-vous chez le coiffeur dont elle venait de parler dès qu'elle sortirait d'ici. Ce serait un début.

Ou plutôt un nouveau début, car comme venait de le lui préciser sa psychiatre, Eileen ne devait pas oublier tout ce qu'elle avait déjà fait pour se reconstruire. Même si cela lui paraissait peu, c'était déjà beaucoup, en fait. Elle avait retrouvé sa belle-sœur, son frère et se satisfaisait de leur bonheur de jeunes parents. Elle était capable de tenir une conversation avec ses proches sans faire trop souvent allusion au Crescent Hotel. La vie avait repris, même si le simple fait d'être là, à Little Rock, la rappelait toujours à cet événement qu'elle voulait oublier. Elle se défaisait aussi progressivement du regard des autres dans les lieux publics ; elle était même capable de les oublier. C'était un grand pas pour elle, surtout que la dernière année de séquestration à l'hôtel avait été très difficile : elle n'avait quasiment pas bougé de sa chambre. En revoyant la lumière du jour par la trouée dans le mur des cuisines, il lui avait semblé devoir réapprendre à marcher et à parler. Il y avait donc bel et bien un travail déjà accompli qui n'était pas négligeable.

Eileen était en train de finir ce retour en arrière mental lorsqu'elle entendit de la bouche du docteur Ravenwood la phrase qui annonçait la fin de la séance.
- Je crois que c'est bon, dit-elle, et au même moment s'ouvrit le gouffre des possibles devant ses pieds. Elle craignait de repenser à cette soirée de Noël à la moindre occasion. De revoir le fantôme du message du Faucheur la prochaine fois qu'elle regarderait l'écran de son téléphone.
Non, Eileen. Tiens-toi à ce que tu as dit, et ça ira. Prends ton rendez-vous chez le coiffeur. Va voir Sean et Capucine, ils ne travaillent pas aujourd'hui. Va jouer avec le petit Hugo. Ne reste pas seule.
- Ca ira. Merci docteur. J'imagine qu'on repousse un peu le rendez-vous qui était prévu en janvier ?
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