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 Droit de réponse [PV Talula]

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Cezar Schneider

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MessageSujet: Droit de réponse [PV Talula]   Droit de réponse [PV Talula] EmptySam 8 Déc - 19:39
Cezar Schneider
Talula Jones
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La mairie. L'hôtel de ville. Le centre administrativo-politico-économique par lequel passaient absolument toutes les démarches d'absolument tous les insatisfaits. Naturellement, c'était l'endroit parfait pour les créatures de l'espèce de Cezar Schneider, éternellement et intrinsèquement insatisfaites.

La porte du bureau des plaintes se ferma d'ailleurs d'un coup sec dans le dos du gangster qui, dépité, regarda la feuille qu'il tenait entre les mains. La feuille lui rendit son regard désabusé, et ce fut presque s'il la voyait elle aussi hausser les épaules.

— Congédié par un vulgaire fonctionnaire américain. J'aurai vraiment tout vu, dans cette vie.

Avec son boitement caractéristique, Cezar commença à redescendre lentement le couloir de l'institution, serrant le bout de papier entre ses doigts. Il avait une réclamation à faire, par conséquent se rendre au bureau des réclamations lui avait paru la chose la plus naturelle à faire. Pourtant non, apparemment. C'était du moins ce que lui avait fait comprendre le préposé au bureau des plaintes.

Non, on ne vient pas à la mairie pour se plaindre de la présence d'un génie du mal en ville. Non, cela ne se faisait pas. On pouvait venir se plaindre de tout mais pas d'un génie du mal. Des Mexicains, des migrants, des taxes, des foutus gilets foutument jaunes qui s'étaient perdus dans l'Arkansas alors qu'ils étaient en route pour bloquer un péage français, mais pas du Faucheur. Toutefois il semblait à Cezar qu'un Faucheur à Little Spring était autrement plus gênant à court, moyen, et long terme qu'un Mexicain, un migrant, une taxe, ou un gilet d'une couleur quelconque qui s'était perdu en route.

Les grands-mères et les grands-pères dormaient-ils sereinement en sachant qu'un vilain Faucheur maléfique menaçait leurs retraites ?

Les chômeurs cherchaient-ils un emploi paisiblement en sachant qu'un abominable Faucheur diabolique complotait contre leurs allocations ?

Les fonctionnaires glandaient-ils librement en sachant qu'un horrible Faucheur machiavélique projetait de les mettre au travail ?

Manifestement, la réponse était oui aux trois questions d'après le préposé au bureau des plaintes. Magnifique. Mirifique. Splendide.

Cezar atteignit le hall principal de l'hôtel de ville et alla s'asseoir sur une chaise dans un recoin qui devait faire office de salle d'attente.

D'accord, peut-être n'avait-il pas requis l'attention de la bonne personne. Après tout, c'était moins une réclamation/plainte qu'une demande à un droit de réponse. La dernière lettre du Faucheur, estimait-il, méritait un erratum massif, et il désirait le lui signaler.

Mais voilà.

Par qui le lui signaler ? Il savait de source à peu près sûre que le Faucheur avait des contacts partout (autrement comment pouvait-il bien procéder pour faire ce qu'il était le seul à avoir le temps/l'envie de faire ? Par Mexicain interposé ? Par migrant équipé de radar ? Par un gilet jaune en vadrouille dans un pays qui n'était pas le sien ?), alors s'orienter vers la mairie lui avait paru l'option la plus sensée de toutes.

Mauvaise pioche, apparemment.

Cezar relit à nouveau, pour peut-être la six-centième fois, la lettre qu'il avait écrite. Il était triste d'avoir pris tout ce temps à rédiger un mot qui, au final ne serait publié nulle part. Triste d'avoir autant perdu de temps. Triste d'avoir gâché un temps précieux, un temps qu'il aurait pu employer à traquer Rachel Newman pour… discuter avec elle.

Il eut une nouvelle idée.

Peut-être pouvait-il photocopier le mot et le placarder dans toute la ville. Absolument toute la ville. Intégralement toute la ville. Même sur les pigeons !

Non, pas les pigeons, on ne faisait pas de mal aux pigeons. Sur les petites vieilles qui nourrissaient les pigeons !

Cezar se releva avec difficulté, et boita sur quelques mètres.

— Photocopieuse, me voilà. Je n'ai pas passé tout ce temps à écrire ma réponse pour me voir nier mes droits de façon si cavalière.

Il se figea.

— Est-ce que j'ai un droit de réponse, au moins, dans ce pays insoumis ?

Peut-être était-ce la première question qu'il aurait dû se poser avant d'écrire sa lettre.
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Talula Jones

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MessageSujet: Re: Droit de réponse [PV Talula]   Droit de réponse [PV Talula] EmptyDim 9 Déc - 18:20


Rien n'allait plus.
Samathan (sa patronne) l'avait appelée tôt le matin.

"Ecoute, je dois te parler"

Talula n'avait pas aimé ça. Elle avait choisi le t-shirt le moins froissé qu'elle avait pu trouver, puis avait pris le premier taxi et s'était présentée à 9h24.

Elle avait attendu, jusqu'à 9h28, approxima, que le bureau daigne s'ouvrir sur les deux personnes qui se trouvaient à l'intérieur.
Samatha, bien sûr, et un homme qu'elle n'avait jamais vu de sa vie. Il était à moitié chauve, correspondait vraiment peu à l'idée qu'on se ferait des lecteurs du journal, raison pour laquelle elle s’efforça de bien garder sa bouche fermée et de ne pas paraître ébahie quand Samatha lui dit, une fois qu'elle serra la main à l'homme, "Je te présente Arthur Lindrel, co-directeur de la revue"

Elle ne put s'empêcher de poser son regard sur le haut de son crâne en se sentant très mal à l'aise : une semaine avant, elle avait rédigé un article sur les soucis liés à la calvitie.

"Directeur de publication, et co-propriétaire du magazine" jugea-t-il bon de souligner. Talula se mordit la joue pour ne pas éclater de rire.
Alors c'était ça, la raison qui poussait maintenant Samatha à ronger ses oncles manucurés ? Ce n'était pas elle, la big boss, au final ?
A croire que c'était vrai : les petits chiens aboyaient toujours plus que les gros.

- - - - - -

Re-ma-nie-ment.

Est-ce qu'elle était virée ?
Non.

Est-ce qu'elle aurait préféré que ce soit le cas ?
Elle ne savait pas, plus trop. Le journal allait mal, d'accord, il ne fallait pas sortir de St Cyr pour le deviner... "les dix astuces pour larguer son copain", on avait donné mieux comme sujet. Et Talula n'avait jamais souhaité se farcir le rôle de l'érudit diplômé de science-po, mais au moins, poussée par une ultime bouffée d'estime d'elle-même, s'était-elle dit qu'on pourrait l'apprécier pour son expérience passée.
Le problème était que Batesville n'était pas l'adage des berceaux à grands succès... traduction dans le jargon de Talula : être une journaliste dans un coin paumé, ça craint.

Cet Arthur était un homme d'affaires qui s’intéressait autant à l'Arkansas qu'à la cause des ours polaires dans le monde. Il venait de New-York, investissait dans ce qu'il jugeait lui rapporter. D'après ses dires, il offrait des fonds aux journaux émergents. De l'avis de Talula, il adorait les politiques de la délocalisation et de l'exploitation de l'être humain.
"Je veux donner une dernière chance au journal, et j'ai remarqué que votre façon d'écrire était plutôt... percutante."

Dans ses périodes de gros raz-le-bol, Talula se vengeait à travers le journal en y rajoutant un humour douteux. Elle avait bien saisi que son style de rédaction ne plaisait pas du tout à Samatha. Elle comprenait, maintenant, que la seule raison pour laquelle elle n'avait pas été virée plus tôt, c'était parce que ce Arthur, là, avait pour sa part apprécié.

Elle n'allait pas cracher sur la main qui la nourrissait... c'est que, franchement, elle vivait sur le fil en ce moment.
Alors elle faisait quoi, maintenant ? Elle écumait tous les endroits où un journal digne d’intérêt pourrait offrir des pistes intéressantes pour un article... qu'il fallait trouver.

Elle avait déjà plein de papiers dans les bras et, piquée par une brève prise de conscience, elle avait jugé qu'il ne serait pas de trop que de photocopier l'unique exemplaire du journal local, vu son don pour perdre les choses.

Mais après plus de 10 minutes à attendre que l'homme devant elle finisse, ce dernier avait, très calmement, appuyé, encore, sur le bouton de la photocopieuse, pour relancer des copies...
Elle commençait sérieusement à sentir le poids des pages entre ses bras, et l'homme paraissait très méticuleux, très calme, très à même de rester toute l'après midi entière pour se composer ce qui semblait être le volume III de l'encyclopédie.

— Vous en avez encore pour longtemps ? étouffa-t-elle derrière sa propre pile de feuilles en équilibre.

Bonjour, excusez-moi ?
Des concepts nébuleux.

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Cezar Schneider

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MessageSujet: Re: Droit de réponse [PV Talula]   Droit de réponse [PV Talula] EmptyDim 16 Déc - 11:41
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Trouver le chemin de la photocopieuse ne fut pas quête aisée pour Cezar. Se déplaçant encore moins vite qu'une tortue à reculons à cause de sa patte folle, il erra un petit moment dans l'hôtel de ville, ricochant contre les divers guichets à l'instar d'une pierre sur un étang. Au guichet 1, on lui signala avec bienveillance qu'il aurait besoin d'un laisser-passer A38 pour utiliser la photocopieuse.

Il partit donc à la recherche d'un laisser-passer A38. On lui signala, deux étages plus haut, qu'un formulaire bleu était nécessaire au préalable, et qu'il le trouverait au guichet 1.

Il repartit donc au guichet 1. Le préposé était parti déjeuner. On le redirigea vers le guichet 35, où on lui remit un formulaire rose, nécessaire à l'obtention du laisser-passer A38, au guichet 12. Là, on lui donna un formulaire violet pour récupérer un formulaire jaune au guichet 7. Il enchaîna ensuite avec des formulaires verts, marrons, bariolés, et ce fut finalement en se perdant qu'il tomba complètement par hasard sur la photocopieuse si désirée.

Et il y avait la queue. Un bonhomme, une bonne femme, puis lui.

Cezar avait l'impression d'avoir gaspillé presque une semaine à chercher cette élusive photocopieuse, et il se demandait désormais s'il n'aurait pas mieux fait de tout simplement partir et de réécrire sa lettre à la main.

Mais non. Il n'était même pas sûr de son orthographe, de toute façon, et il savait son écriture manuscrite seulement déchiffrable par des archéologues.

Bon, au moins ce n'étaient que deux personnes devant lui. Quitte à perdre son temps, autant que ce fut de façon totale et irrécupérable. Néanmoins, après dix minutes à patienter, Cezar estima qu'il avait donné suffisamment de secondes chances à la vie. Le bonhomme qui s'accaparait la si désirée photocopieuse, pour sa part, semblait n'en avoir cure et se concentrait sur la tâche très complexe de cloner en soixante-dix exemplaires des pages entières de ce qui ressemblait à n'en pas douter au troisième volume de l'encyclopédie universelle.

— Vous en avez encore pour longtemps ?

La voisine immédiate de Cezar exprima avec beaucoup de politesse (mâtinée d'irritation) ce qu'il ressentait à l'instant.

— Je crois que non. Veuillez me garder cela, je vous prie., répondit Cezar.

Il passa devant la jeune femme en boitant, se permit de poser sa lettre sur la pile de papiers qu'elle portait déjà dans les bras, attrapa le bonhomme par le col et lui plaqua la tête contre la photocopieuse.

— Je pense même que Monsieur en a terminé pour de bon, susurra-t-il à l'oreille de l'homme.

Il lui cogna la tête contre la photocopieuse.

— N'est-ce pas, monsieur ?

Il lui cogna la tête contre la photocopieuse une seconde fois, et un craquement retentit dans la machine.

— C'est ce que j'ai cru comprendre.

Il rejeta l'homme en arrière, qui virevolta et tomba sur les fesses quelques mètres plus loin. Cezar lissa les pans de sa veste, fit un pas sur le côté et exécuta une révérence.

— Je vous en prie, Miss, lança-t-il à l'attention de la jeune femme. Vous étiez avant moi. Prenez votre temps.
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Talula Jones

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MessageSujet: Re: Droit de réponse [PV Talula]   Droit de réponse [PV Talula] EmptyJeu 10 Jan - 12:34


Il lui avait par maintes fois donné ce genre d'avertissement très sérieux quand Talula n'était encore qu'une fillette dont les préoccupations gravitaient entre "avoir la plus belle peluche du comté" et "réussir à chiper un bonbon gardé dans la cuisine".

"Tu dois faire attention Talula, beaucoup de fous peuplent ce monde."

Le problème dû à son jeune âge était que Talula avait toujours cru que les grandes personnes étaient forcément censées. Que son papa, sa maman, étaient des individus qui connaissaient la vie : puisqu'ils lui disaient où traverser, quoi manger et quand dormir, alors, forcément, ils devaient être des êtres doués d'une grandeur d'esprit qu'elle atteindrait elle aussi une fois adulte, ce pourquoi elle avait toujours aimé, jadis, imiter son grand frère quand celui-ci remplissait des feuilles, adoptant le même air tracassé et concentré que lui, mais on n'y mettant sur son propre papier que des gribouillages qu'elle voulait gage de sens.
Puis elle avait grandi.

Elle avait vu son frère, son exemple, adopter des comportements décousus et étranges, elle avait écrit sur des faits divers sordides mettant en jouxte infanticides, meurtres loufoques et disparitions étranges, avait géré les murmures au sujet de son frère qui aurait commis son suicide en mettant feu à son cottage. Celui-ci avait rejoint ceux qu'on jugeait de cinglé alors que, plus tôt, à une époque aujourd'hui révolue, il l'avait mis en garde contre les fous.
Un monde qui s'écroule...

A l'image de cet homme d'âge mûr en cet instant, qu'on jurerait avoir traversé des débats dans un pays où le climat politique interdisait les libéraux, avec son allure qui alliait une sorte de classe décrépie à une grande lucidité d'esprit, et qui, le plus naturellement du monde, se mit brusquement à saisir la tête de son voisin pour la lui écraser contre la photocopieuse. Et le plus déroutant fut avec quelle méticulosité il se recula pour faire preuve d'une politesse telle à l’égard de Talula qu'elle en resta complètement sonnée. Sa pile de feuilles mélangées entre les bras, elle fut à deux doigts de s'excuser pour rebrousser chemin. Mais une petite voix nommée raison lui disait qu'il risquait de très mal le prendre si elle ne prenait pas en considération son... geste.

— Merci souffla-t-elle alors en s'avançant vers la photocopieuse. L'autre était toujours inconscient à ses pieds, et Talula dut vraiment prendre sur elle pour tenter de l'ignorer. Le pire ? C'était qu'elle ne savait pas si elle devait en avoir peur ou éclater de rire.
Mal habile, elle déposa les feuilles sur la table mise à disposition juste à côté de la machine et alla pour saisir le journal local, mais son geste se figea à quelques centimètres des feuilles, lorsqu'elle tomba sur le papier laissé par cette sorte de malade mental. Non content d'avoir des similarités presque troublantes avec l'écriture quasi illisible de son défunt frère - et qu'elle avait pris l'habitude d'en deviner les mots- le contenu de ce papier fut le clou de cette scène. Comme mise sur pause, sa conscience disait :

oublie ce que tu vois, cet homme est dangereux, complètement cinglé
ce qu'il a écrit n'a aucun sens
Talula tu m'entends ?! Fais une copie de ce fichu journal et BARRE-TOI !


Elle releva lentement les yeux vers celui qui la regardait poliment, puis s'arracha à ce contact en frissonnant. Elle fit l'effort de repousser le papier écrit par l'homme pour prendre ses propres documents, mais au moment d'ouvrir la porte de la photocopieuse, il semblait bien que le bip de celle-ci avait raisonnablement tout à voir avec le fait qu'on l'ait prise pour un support capable d'encaisser le crâne des idiots... ce qu'elle n'avait pas eu l'air d'apprécier, si on s'en tenait au petit bouton rouge qui clignotait à chaque "bip bip" de la machine.

— Ah... on dirait qu'elle ne marche plus. dit Talula d'une voix qu'elle voulait dégagée alors qu'en s'entendant minauder de la sorte elle avait plutôt envie d'elle-même se taper le crâne contre la photocopieuse. Punaise, mais qu'on lui offre l'oscar de la gourde ! Elle fit en sorte de ramasser le plus vite possible sa paperasse qu'elle tint d'une main pour aller rendre à l'homme sa feuille.
Mais une fois qu'elle lui tendit le papier, malgré elle, elle ne put s'empêcher de le regarder à nouveau. Elle n'avait jamais cru au destin, or force était de constater que la vie adorait foutre des obstacles dangereux sur sa route et que Talula, au lieu de rebrousser chemin, continuait à passer la vitesse suivante. Quelle fut la probabilité qu'elle tombe sur un homme pareil ?

Tu ne sais pas dans quoi tu t'embarques

"Je sais" qu'elle voulut répondre à sa conscience. "Je sais, mais je crois bien que je suis désespérée".

C'est vous qui avez écrit ça ? qu'elle murmura, tandis que le gonze assommé au sol se mettait doucement à gémir sans qu'elle ne semble y porter une grande importance - preuve que cela faisait quelques temps déjà que Talula ne fonctionnait plus normalement...
Attendant qu'il reprenne sa feuille, elle lui présenta sa main juste après.

— Mlle Jones, journaliste, enchantée. qu'elle rajouta alors. Et à travers ce geste, ce fut comme si elle avait accepté de serrer la main d'un diable.







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Cezar Schneider

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MessageSujet: Re: Droit de réponse [PV Talula]   Droit de réponse [PV Talula] EmptyVen 11 Jan - 15:39
Cezar Schneider
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— Merci, dit timidement la jeune femme en lui passant devant pour s'approcher de la photocopieuse.
— Oh mais c'est tout naturel, Miss. Vous étiez là avant moi, j'insiste.

Cezar sourit amicalement en enfonçant les mains dans les poches de son manteau. La jeune inconnue semblait affligée d'une curieuse maladie, ou d'un curieux trouble, car elle ne paraissait pas capable d'exécuter des gestes coordonnés. Elle posa sa pile de papier sur la table jouxtant la photocopieuse maladroitement, et au moment de prendre la première feuille de la pile, elle se figea.

Oh.

Cezar avait oublié de reprendre sa lettre ! Il espérait ne pas avoir offensé cette jeune dame de la sorte, il ignorait encore tout des conventions sociales américaines, et peut-être que mêler ses propres affaires à celles des autres était mal vu par la société. Si c'était le cas, c'était une bonne chose qu'il devrait réitérer à l'occasion.

La jeune inconnue mit la lettre de Cezar de côté et commença à s'affairer avec la photocopieuse qui, étonnamment, refusa de fonctionner. Cezar soupira.

—Ah… on dirait qu'elle ne marche plus.

Faux.

Elle était rétive. Elle ne marcherait plus seulement quand Cezar en aurait fini avec elle. Juste cinq minutes avec cette photocopieuse récalcitrante, c'était tout ce dont il avait besoin. Après cela, elle donnerait la patte, obéirait à tous les ordres, et serait même capable de rédiger une dissertation argumentée sur l'intérêt de l'imprimerie de Gutenberg.

Les poings dans ses poches se serraient déjà.

— C'est vous qui avez écrit ça ?

La question le tira de ses rêvasseries et il adressa un regard confus à la jeune femme, qui lui tendait sa lettre. L'instant d'une toute petite seconde, elle lui rappela son institutrice de l'école élémentaire. Miss Slippersnick. Il se souvenait qu'elle le regardait de haut, puisqu'il était assis à son pupitre et qu'elle était debout, et il se souvenait qu'elle le fixait toujours par-dessus ses lunettes en demi-lune quand elle lui rendait la dictée qu'il avait écrite.

Miss Slippersnick et sa règle de fer.

"Ce n'est pas parce que vos parents ne parlent pas anglais que vous ne devez pas fournir d'efforts, Monsieur Schneider."

Ou quelque chose dans ce genre. Il ne se rappelait plus exactement ce qu'elle disait, et cela n'avait probablement pas d'importance.

Hagard, il prit le papier à deux mains en baissant la tête, penaud.

— Je… il y a tant de fautes que ça ?

Il s'attendait à un coup de règle en fer. À la place, elle lui tendit la main.

— Mlle Jones, journaliste, enchantée.

Cezar la considéra avec surprise, mais il fourra à la va-vite sa lettre dans la poche et s'empressa de serrer la main tendue par Miss Jones. Une poignée de main cordiale, ni trop molle ni trop ferme, comme il avait appris à le faire.

— Le plaisir est tout pour moi, Miss Jones. Cezar Schneider, ancien chef du crime de Liverpool. J'ai toujours éprouvé beaucoup d'affection pour les journalistes, ils faisaient partie des personnes que je blessais le moins, et je réalise que dire cela est peut-être inacceptable d'après les conventions sociales, je vous prie de m'en excuser.

Il retira sa main de la poignée hâtivement, et fixa le sol, honteux, en agitant nerveusement le pied de sa jambe malade.

— Je suis désolé pour la photocopieuse. Mais c'est à cause de cet idiot, là.

Cezar se tourna de moitié vers l'homme encore au sol.

— Ce que je ne supporte pas, ce sont les gens creux. Ceux-là me font perdre tout contrôle. Je finis par dire des choses que je ne devrais pas dire. Ou en l'occurence, faire.

Quand il regarda à nouveau Miss Jones, il lui adressa un grand sourire.

— Permettez-moi de racheter ma bévue, je vous en supplie. Me feriez-vous le plaisir de venir partager un thé fumé avec moi ? Je connais un salon de thé non loin de l'hôtel de ville, ils y servent un thé fumé décent. Vous êtes mon invitée, bien entendu.

Une sonnerie d'alarme étouffée retentit. Cezar saisit son téléphone portable, qui vibrait et sonnait, coupa l'alarme, expédia rapidement un texto, et fourgua le mobile dans la poche intérieure de son manteau.

— Veuillez m'excuser pour cette interruption. De quoi parlions-n… ah oui, le thé. Je vous en prie, je n'aurai de cesse de trouver un moyen de me racheter à vos yeux tant que vous n'aurez pas accepté, de toute façon.

Il posa une main amicale sur le bras droit de Miss Jones, juste au-dessus du coude, et lui adressa un sourire sincère.

— J'insiste.
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MessageSujet: Re: Droit de réponse [PV Talula]   Droit de réponse [PV Talula] EmptyJeu 31 Jan - 18:53


Idiote, idiote, idiote ! Voilà ce que lui criaient ses pensées. Elle voyait cet homme lui serrer la main avec un air un peu déconfis, et elle retrouvait dans les traits de son visage un peu de ce vieux Medley de sa ville natale, inculpé pour meurtre.

L'on disait qu'il tuait ses lapins dans son arrière court.
L'on disait qu'il adorait les moineaux en revanche, mais les lapins... couic ! Sauf qu'en allant fouiller dans le jardin, les enfants y avait trouvé plus qu'un lapin. Et dans la poigne de cette homme, elle ressentait une électricité malsaine, sûrement dû à ses changements de comportement trop brusques, mais surtout l'expression de visage... comment expliquer, comment exprimer... Cet homme n'était pas fou. Il était malade.

Sauf que la journaliste désespérée avait sauté pieds joints dans le brasier, et il était hors de question qu'elle en sorte sans sauver quelque chose de l'incendie.

Ancien chef du crime de Liverpool ? Rien que ça ? Elle ne put s'empêcher de laisser trahir un bref froncement de sourcils. L'homme l'invita aussitôt à se faire pardonner -visiblement au petit soin avec elle- pour sa prétendue bévue, et Talula aurait presque éclaté d'un rire nerveux.
Mais elle se contenta de rester immobile, impassible, comme mise sur pause.

Elle réfléchissait.
Tu as encore une chance de déguerpir.
Prétexte... je ne sais pas moi ! Un rendez-vous urgent, laisse-lui un faux numéro de téléphone s'il le faut, mais dégage d'ici !


L'homme posa sa main à l'orée de son coude, et lui adressa un sourire.
Adieu, petit lapin.

— Très bien répondit-elle en lui rendant son sourire. Son père lui avait toujours dit qu'une fois revêtu son rôle de journaliste, elle aurait pu troquer son calepin pour une robe d'avocate. "Parce que, pour gagner, tu serais prête à te liguer avec le diable, Talula, le diable !"

Et comme pour confirmer la voix de ses souvenirs, elle posa une main sur l'épaule de ce Cezar pour l'accompagner tandis qu'elle avançait vers la sortie, ses feuilles dans l'autre main.

— Je vous prie de ne pas vous alarmer pour une simple photocopieuse. J'en trouverai une autre, j'en trouve toujours une autre... expliqua-t-elle à voux basse. Etait-il étrange qu'elle ne ressente aucune peur ? C'est qu'elle avait joué ses rôles avec tant de perfection, pourquoi aurait-il fallu que cela change auprès d'un fou alors qu'ils étaient en public ? Ils prendraient un café à une terrasse, cet homme lui offrirait, peut être, des informations intéressantes, puis chacun chez soi.

— Oh mon dieu ! Mais que s'est-il passé ici ?! S'exclama la secrétaire de la mairie qui passait visiblement vers la salle de la photocopieuse. Talula se permit de se placer devant Cezar pour qu'il ne soit pas dans le colimateur de lapervenche blonde, aux ongles aussi manicurés que ceux d'une sorcière au faciès chevalin.

— Il est tombé, un malaise je crois. dit calmement Talula

— Oh mais c'est terrible ! Et, une main sur sa bouche, elle accourut à l'intérieur.

— Allons-y chuchota Talula en lançant un regard éloquent à son voisin. Elle pressa le bas en soupirant et, contre toute attente, jeta ses papiers dans la poubelle une fois arrivée face à la porte d'entrée de la mairie. Sa démarche était rapide, son manteau voletait derrière elle, l'habitude de vite marcher. Soudain, elle se rappela le détail que cet homme boitait... sans trop savoir pourquoi, un sentiment de culpabilité la zébra. Punaise, elle débloquait vraiment de ressentir de la compassion pour des malades mentaux ! Inspirant à bloc, elle se retourna et attendit que l'homme se rapproche.

— Désolée dit-elle lorsqu'il arriva à elle, et, à sa propre consternation, son sourire d'excuse était sincère. C'était que, pour une étrange raison, Talula trouvait les fous bien incompris... dangereux mais malheureusement incompris, peut être pourquoi ils lui tapaient moins sur le système que la plupart des moutons sans cervelle de cette ville.

Dehors, le bruit de la circulation était assourdissant. Avec le froid, les bouches d'aération au sol avaient également cette fâcheuse manie de créer des petits brouillards éparses sur la route des passants, mais le soleil était revenu, haut dans le ciel, ce qui rendait le froid sec.
Talula pointa son doigt vers le trottoir opposé, caché par le trajet des bouchons.

— Nous pouvons prendre un café, là bas, je ne me souviens jamais du non de l'enseigne... qu'elle proposa, fronçant des sourcils à cause d'un rayon qui l'empêchait de bien voir - elle n'avait pas oublié qu'il lui avait proposé un salon de thé, non elle n'avait pas oublié... elle faisait juste mine de l'avoir oublié.







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MessageSujet: Re: Droit de réponse [PV Talula]   Droit de réponse [PV Talula] EmptyVen 15 Fév - 12:51
Cezar Schneider
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— Très bien.

Miss Jones sourit. Un bien charmant sourire qui tira les commissures de ses lèvres plutôt pulpeuses vers le haut.

Plus surprenant, elle posa à son tour la main sur l'épaule de Cezar et l'accompagna vers la sortie. Jamais encore personne ici n'avait initié un quelconque contact physique avec Cezar, et encore moins n'avait répondu au sien. C'était… c'était… il ne trouvait pas de mot pour qualifier ce qu'il ressentait. Bizarre ? Perturbant ? Rassurant ? Excitant ? Énervant ? Un mélange de tout cela à la fois ?

— Je vous prie de ne pas vous alarmer pour une simple photocopieuse. J'en trouverai une autre, j'en trouve toujours une autre…

Cezar aimait bien cette femme, décidément ! Elle n'avait pas peur, en dépit de ses démonstrations d'affection. La seule autre personne qui ne le craignait pas, c'était Miss Carter. Il était heureux de constater qu'au moins une autre personne n'avait pas peur de lui. Miss Newman ferait bien d'en prendre de la graine !



Pour un homme approchant les 60 ans, Cezar attirait énormément de femmes dans leur vingtaine.

— Oh mon dieu ! Mais que s'est-il passé ici ?!

Ils venaient de croiser une secrétaire, mais Cezar ne prêta aucune attention à l'échange qui s'ensuivit entre Miss Jones et l'inconnue, car sa nouvelle amie venait de s'interposer. Quelle abnégation !

— Allons-y.

Miss Jones pressa soudain le pas. Cezar tâcha de la suivre tant bien que mal, mais sa jambe malade ne lui permettait même pas de tenir le rythme. C'était… comment devait-il réagir ? Il l'ignorait. Personne ne se montrait si effronté avec lui, tout le monde avait peur. Quand il proposait qu'on le suive, les gens le suivaient sans oser le dépasser. Il était l'incarnation d'une terreur qui rongeait la société, quand il se sentait d'humeur poète.

Actuellement il se sentait d'humeur confuse.

Deux choses étaient très claires : Miss Jones menait la danse, et il ignorait s'il aimait ou détestait cela. Elle imposait son rythme, elle le guidait comme une bonne petite aurait guidé son pépé dans un lieu hostile. Elle prenait les devants et ne lâchait pas la bride.

Cezar décida qu'il aimait beaucoup cela, et, d'un geste machinal, caressa le morceau de métal tranchant qu'il avait dissimulé dans une doublure de la manche de son manteau, le même morceau de métal qu'il avait récupéré lors de sa dernière échauffourée avec le Faucheur. Il avait voulu l'utiliser contre Miss Newman, mais… mais peut-être avait-il soudain trouvé une meilleure candidate à ses affections.

— Désolée, marmonna-t-elle lorsqu'il l'eut rejointe.
— Ne vous en faites pas pour moi, Miss Jones, j'ai l'habitude.

C'était faux.

Mais la règle de la courtoisie voulait qu'il ne fasse pas de peine à une jeune dame. Surtout une jeune dame envers laquelle il ressentait brusquement un désir étrange.

Ils se retrouvèrent dans la rue, et Cezar devait bien admettre que Little Rock n'avait rien à envier à Liverpool quand il s'agissait de trafic routier et de population désœuvrée gambadant dans les rues. Il ne manquait que l'accent pour qu'il se sente chez lui.

Bon, l'accent… et son empire du crime.

Miss Jones désigna du doigt un endroit de l'autre côté de la route.

— Nous pouvons prendre un café, là-bas, je ne me souviens jamais du nom de l'enseigne…

Un café ? Cezar arqua un sourcil amusé, mais il se contenta d'enfoncer les mains dans les poches de son manteau. La règle de la courtoise voulait qu'il ne fasse pas de peine à une jeune dame envers laquelle il ressentait brusquement un désir étrange.

— Cela me convient parfaitement, Miss Jones. Dans tous les cas, c'est moi qui régale. Après l'embarras dans lequel je vous ai plongée, il est bien normal que vous choisissiez le lieu de ma rédemption. Mon purgatoire qui surpasse en poésie le ciel et l'enfer. Eh bien ? Allons-y, Miss Jones !

Cezar attrapa la main de sa nouvelle amie, et la tira avec lui pour traverser la rue sans accorder la moindre attention aux voitures. Enfin, tirer était un bien grand mot. Sa claudication l'empêchait d'atteindre l'allure qu'il souhaitait, un peu comme si sa boîte de vitesse était résolument déterminée à ne pas passer la troisième alors qu'il frôlait déjà les 90km/h.

Il finit par apercevoir l'enseigne où désirait se rendre Miss Jones. Un joli petit café d'angle, qui par sa position lui rappela le Tutu, le jazz-club que Cezar possédait jadis à Liverpool. Comment se nommait ce joli purgatoire qui surpassait en poésie le ciel et l'enfer ?

Chez Marcel.

Ah.

Bon.

Eh bien…

Cela avait le mérite d'être succinct et clair.

Cezar se dirigea vers une table en terrasse et se laissa tomber sur une chaise pour soulager la douleur de sa jambe handicapée.

— C'est un lieu charmant, Miss Jones. Très bon choix, même si à aucun moment je ne doutais de vous. Pour moi, ce sera un thé fumé, ajouta-t-il à l'attention du serveur qui s'était approché.

Il jeta un regard alentour. Oui, c'était un bien beau café. Il le voulait, ce bien beau café. Il nota mentalement de faire au patron une offre qu'il ne devrait pas refuser, ultérieurement. Se replongeant dans le moment présent, il posa les coudes sur la table et mêla les deux de ses deux mains tout en avançant le buste. Le bout de métal dissimulé dans les coutures de sa manche émit un clang étouffé au contact de la table.

— Très bien, Miss Jones. Je suis curieux d'en apprendre plus sur vous, mon amie. Quelles sont vos passions dans la vie ? Quel type de journaliste êtes-vous ? Aimez-vous les promenades le long du bord de mer ? Pensez-vous que c'est le moment idéal pour investir dans un magazine d'actualité ? Dernière question, pourriez-vous corriger ma lettre ouverte au Faucheur ? Je ne suis pas très très à l'aise avec l'orthographe, nous partageons elle et moi une relation d'amour-haine passionnelle.
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Talula Jones

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MessageSujet: Re: Droit de réponse [PV Talula]   Droit de réponse [PV Talula] EmptyLun 29 Avr - 14:53


C'était déjà ça de pris. Elle avait choisi l'établissement où ils prendraient leur café. L'impression d'avoir la situation en main, elle se le persuadait.

Mais cette main fut aussitôt saisie par l’homme, sans son accord. Cezar la poussa à traverser au milieu des voitures qui klaxonnèrent comme des damnés. Un chauffard se permit même d'ouvrir sa portière pour hurler quelque chose qui ne sonnait pas joli du tout.
Talula, ayant à moitié trébuché au moment de quitter le trottoir, garda le silence : les yeux ronds et le souffle à demi-coupé par la surprise. Quelques passants leur jetaient des regards étonnés : ils devaient se demander "est-ce son père ?" "son oncle?". Sans bien trop savoir pourquoi, à la probabilité qu'ils pensent une telle chose, elle sentit grimper en elle une indignation étouffante.
Pour qui se prenait ce cinglé ?

Mais le cinglé avait l'air tout joyeux, pas du tout conscient que Talula, dont l'expression partageait de vive similitude avec un poisson lune, c'est à dire inexpressif mais les yeux grand ouverts, était chargée d'une surprise que les humains ne traduisaient pas -surtout pas les requins- par de la colère sous-adjacente.  
Dans ces conditions, difficile de garder l'art de la comédie, surtout quand on était du genre à être Talula : une allumette dont le départ de feu se frottait à vraiment n'importe quoi !
Lorsqu'ils atteignirent le café que Talula n'avait même pas daigné considérer- alors qu'elle était pourtant celle qui l'avait choisi- elle s’affala à son tour sur la chaise, la mâchoire à demi-crispée afin de contenir la furieuse diatribe qui lui brûlait le langue.
Fou ou pas, écraseur de crâne-sur-photocopieuse ou non, il n'était pas né : celui qui prendrait ses libertés avec elle.  

— Très bien, Miss Jones. Je suis curieux d'en apprendre plus sur vous, mon amie.
Quelles sont vos passions dans la vie ?
Quel type de journaliste êtes-vous ?
Aimez-vous les promenades le long du bord de mer ?
Pensez-vous que c'est le moment idéal pour investir dans un magazine d'actualité ?
Dernière question, pourriez-vous corriger ma lettre ouverte au Faucheur ? Je ne suis pas très très à l'aise avec l'orthographe, nous partageons elle et moi une relation d'amour-haine passionnelle.


Muette, elle lui lança un sourire douloureux : qui ressemblait plus à une grimace. Elle se donna le droit d'inspirer à bloc, fouiller dans sa longue veste pour un ressortir, d'un geste un peu lourd et absent, son paquet de cigarettes dans lequel elle en piocha deux : une pour elle, une pour lui qu'elle posa sur la table sans lui demander son avis. Talula ne proposait pas à voix haute pour une cigarette, elle se contentait de la poser et de la ranger dans le paquet si l'autre déclinait... Son regard coula vers le serveur qui attendait toujours qu'elle commande (parce qu'elle ne l'avait toujours pas fait) tandis qu'elle coinçait sa tige au bec, les sourcils un peu froncés.
Il lui fallait... une courte pause. Remettre ses idées en ordre comme à chaque moment de travail... Dans ce comportement, il en ressortait une étrange mélancolie, comme si elle avait vécu trop longtemps au point de ressembler à une journaliste lessivée qui n'aurait pas supporté le mode rinçage.  

— Un café finit-elle par dire, avant de souffler sa fumée vers le haut. Après avoir secoué sa cendre trop courte contre le rebord du cendrier, elle se sentit, enfin, un peu plus à même de rester calme et joviale...

— Je me passionne pour la discrétion, finit-elle par répondre, lui lançant un regard amusé et éloquent. Je ne suis pas du genre à me dévoiler, ça n'a rien à voir avec vous qu'elle jugea bon de rajouter, levant une main en guise de pardon — Vous semblez passionné par l'existence, en général... je crois, et c'est bien, assura-t-elle d'une voix pleine de précaution. Il avait l'air d'un véritable personnage : dans sa manière de parler, de marcher, d'écraser la tête de quelqu'un contre une photocopieuse... Les fous avaient cet aspect en général, mais pas tous. Son frère ne l'avait pas eu... par exemple.

— N'investissez dans aucun magazine qui soit papier, c'est tout ce que je peux vous dire qu'elle rajouta en retenant un rire. — La crise touche les feuilles de nos jours, alors le fait que vous écriviez encore avec un stylo, orthographe ou pas, c'est tout à votre honneur.

Bien, bien Talula. Tu lui fais des louanges. Et la suite, c'est quoi ?  
Elle se retint de soupirer contre elle-même. Elle n'était plus patiente de rien ces derniers temps, pourtant, avec des énergumènes aussi dérangés, ce n'était pas plus mal : il fallait souvent faire vite, régler la discussion... Reprenant une profonde bouffée de tabac, elle tapota après quoi la table avec un air plus poli, plus présent aussi.

— Je me ferai un plaisir de corriger cette lettre pour vous, l'écriture est bien l'une des seules amies qui m'accompagnent au quotidien.

Et Talula ne savait pas, du tout, pourquoi elle restait aussi sincère avec lui. Par un sourire encourageant et direct, elle chercha son calepin dans la poche intérieure de son manteau pour en ressortir à sa suite un stylo et marmonner, clope entre les dents :

— A moins que vous ne souhaitiez me la dicter ?

Comme d'habitude, l'aplomb de Talula frôlait le sans-gêne.







Le ciel seul offrait un peu de variété. Même lorsqu'il formait une parfaite unité bleue, pure toile de fond, scène vide, on sentait bien que les nuages patientaient en coulisse au-delà de l'horizon
Jean Echenoz
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